Je me souviens encore du jour où Tibor m'a vu pleurer devant l'ordinateur. Ces images horribles de lévriers martyrisés venaient de m'arriver en pleine figure. J'avais lu un article de Raymond Audemard, paru en 2003, dans le journal du Club du Barzoï. J'avais vainement chercher leur site à l'époque. Ce jour là je l'avais trouvé.
Mon mari, inquiet comme Tibor de mes reniflements, s'était assis à côté de moi pour regarder.. Après la colère est venu le temps de la réflexion. Nous avons longtemps parlé ce soir là en caressant la tête de Tibor. Notre décision a été vite prise, il nous était déjà venu à l'esprit l'idée d'adopter une jeune femelle pour lui tenir compagnie. Nous avons téléphoné, puis rempli les papiers d'adoption que Monsieur Audemard nous avait adressés via internet. Peu de chiennes étaient à l'adoption, le cynodrome de Barcelone venait de fermer mais nous étions entre deux voyages. Deux chiennes seulement étaient en accueil au refuge SPA de Forbach.
Forbach était loin, nous étions en pleine canicule. Nous nous sommes décidés très vite.
Nous avions des amis en Alsace, petite occasion peut être, pour leur faire un coucou en passant. Nous avons retenu un chambre dans un hôtel près du refuge et rendez vous fut pris avec sa directrice. Les deux chiennes étaient deux compagnes de galère, venues ensemble, elles s'épaulaient l'une l'autre. Nous ne pouvions malheureusement pas en prendre deux. Deux jours avant le départ un malaise s'installa, comment choisir ? Nous emmenions Tibor, serait-il accepté ? quel serait sa réaction ? Pour nous aider dans ce choix, nous avons appelé un ami vétérinaire, qui.. nous a formellement déconseillé de tenter cette aventure. Il pensait que Tibor ne supporterait pas des chiennes adultes, le tempérament d'un greyhound est très différent de celui d'un barzoï. Au moment de franchir ce pas qui était important, son discours l'a emporté sur le coeur. Pour nous, une adoption est un acte important et il était inconcevable de ramener une pauvre chienne à Lévriers en Détresse après l'avoir accepter dans notre famille.
Je me souviens encore de mon malaise, de ma honte au moment des coups de fil qui allaient étouffer notre action. Ils ont tous été compréhensifs et incroyablement gentils et moi j'étais incroyablement honteuse de ma lacheté.
Cependant nous avions programmé ce voyage dans l'est. Nous sommes partis pour l'Alsace, nous avons vu nos amis et là-bas, le destin nous attendait, à moins de 100Km de Forbach.
Tibor est originaire d'un élevage alsacien, passant à côté, nous avons eu envie de montrer aux éléveurs quel lévrier magnifique était devenu Tibor qui allait sur ses 4 ans.
C'était là que le destin nous attendait, sous la forme d'une adorable femelle barzoï de 4 mois au sourire extraordinaire mais réservée, un peu sauvage. Contrairement à ses frères et à sa soeur, elle ne s'approchait pas vraiment, que par touches, cherchant notre regard, les babines relevées offrant ce drôle de sourire qu'ont parfois certains de nos compagnons à 4 pattes. Elle est venue voir Tibor, sans crainte, il l'a senti, l'a invité au jeu mais elle s'est reculée, préférant l'observation au contact réél.
Le matin, nous avons tous les deux vu qu'elle nous attendait, solitaire dans son coin, laissant les autres chiots à leurs jeux. Elle regardait intensément dans notre direction.
Tout était dit. J'ai fait le voyage du retour avec elle, installée vers mes pieds sa petite tête contre ma cuisse la protégeant du soleil, brumisant avec abondance toute la famille, les 2 pattes et les 4 pattes. Il faisait si chaud au mois de juillet.
Elle s'appelle Bianka de Nikolaïev, blanche et rousse, le soleil avec elle est entré un peu plus dans la maison.
Vous, qui avez l'intention d'adopter un lévrier en détresse, qu'il soit espagnol, portuguais, anglais ou irlandais, n'écoutez pas vos amis, ni votre vétérinaire, même s'il vous a toujours donné de bons conseils, faites le. Adoptez sans crainte, pour vous, le sentiment de faire quelque chose de bien et en retour, même si cela peut être difficile le premier mois en raison de ce qu'ils ont vécu, ils vous donneront tout l'amour qu'ils ont en eux qu'ils n'ont jamais pu donner et qu'ils vous apportent, tout neuf, si fragile et si beau, à vous, rien qu'à vous, leur Maître.
Moi, même si je n'ai pas franchi ce pas, même si je ne le regrette pas pour Bianka, un grand galgo courre toujours dans ma tête. Je milite, je parle, je raconte, je suis avec eux, tous ces gens de bien qui vont les chercher, les soigner pour les confier à des adoptants.
Merci à vous les passeurs de vies, merci également à vous tous, les 4 pattes aux longs nez qui, oubliant la souffrance de votre vie passée, savez donner, donner tant d'amour à l'homme. Quelle leçon ! Mon Dieu, quelle leçon d'humanité !
Un jour, peut être, ce pas je le franchirai pour un grand galgo roux et blanc, bringé ou noir..